Burkina/Affaire Zongo : le frère de Blaise Compaoré interpellé en France

Redigé par RFI
Le 30 octobre 2017 à 09:16

François Compaoré, frère de l’ex-président burkinabè Blaise Compaoré, a été interpellé dimanche matin 29 octobre à l’aéroport Charles-de-Gaulle, à Paris, selon son avocat, maître Pierre-Olivier Sur. Un mandat d’arrêt international avait été émis par la justice burkinabè dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat du journaliste Norbert Zongo, en 1998.
Il faisait régulièrement le voyage entre la Côte d’Ivoire et Paris où réside sa femme et trois de ses enfants, et affirmait récemment dans une interview accordée à (...)

François Compaoré, frère de l’ex-président burkinabè Blaise Compaoré, a été interpellé dimanche matin 29 octobre à l’aéroport Charles-de-Gaulle, à Paris, selon son avocat, maître Pierre-Olivier Sur. Un mandat d’arrêt international avait été émis par la justice burkinabè dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat du journaliste Norbert Zongo, en 1998.

Il faisait régulièrement le voyage entre la Côte d’Ivoire et Paris où réside sa femme et trois de ses enfants, et affirmait récemment dans une interview accordée à Jeune Afrique qu’il ne craignait pas le mandat d’arrêt lancé contre lui le 5 mai dernier. François Compaoré a finalement été interpellé par la police française dimanche matin à son retour d’Abidjan à l’aéroport de Paris-Charles de Gaulle.

Un juge doit désormais statuer sur la remise en liberté de François Compaoré qui se trouve actuellement sous le contrôle de la police de l’air et des frontières. La procédure peut prendre 48 heures. Joint par RFI, Pierre-Olivier Sur, son avocat, estime que son client a été interpellé pour des raisons « politiques ».

« Tout cela va prendre quelques heures. La procédure prévoit 48 heures avant qu’il ne soit présenté au parquet général mais nous espérons bien qu’à l’issue, il sera évidemment laissé en liberté et puis, nous, ses avocats, nous aurons alors l’opportunité et l’occasion de dénoncer ce qui est une manoeuvre politique », a-t-il déclaré.

Au bureau du procureur du Faso, à Ouagadougou, on salue cette interpellation, suite au mandat d’arrêt international émis par le Burkina Faso.

On s’attend maintenant à l’extradition de François Compaoré poursuivi pour « incitation à assassinats » dans l’affaire de l’assassinat du journaliste Norbert Zongo et ses trois compagnons de route, en décembre 1998. De son côté, le porte-parole du gouvernement burkinabè a confirmé à RFI que son pays va demander son extradition.

Pour Me Benewende Sankara, l’un des avocats de la famille Zongo, qui attendait cette arrestation depuis longtemps « cette interpellation vient purement et simplement comme pour répondre à l’arrogance d’un homme qui défie la justice » du Burkina Faso. Aucune « argutie ni politique ni diplomatique » ne doit désormais venir entraver la justice. Il espère une extradition rapide de François Compaoré.

« J’applaudis cette arrestation. Je trouve que la justice française doit jouer sa partition jusqu’au bout en extradant purement et simplement M. François Compaoré vers le Burkina Faso. En tout cas, c’est une interpellation qui vient à point nommé et nous ne pouvons que nous en féliciter, s’en réjouir et surtout encourager la justice à aller de l’avant pour la manifestation de la vérité parce que ça n’a fait que trop durer depuis 1998 que le journaliste Norbert Zongo est assassiné avec ses compagnons. Voilà qu’à la faveur d’une insurrection populaire au Burkina Faso des éléments en charge ont permit de relancer cette procédure. Je pense qu’aucune argutie ni politique ni diplomatique ne pourra faire obstacle à la manifestation de la vérité », a estimé l’avocat.

Geneviève Zongo, la veuve du journaliste assassiné, espère que cette arrestation n’est que la première étape d’un processus judiciaire qui lui permettra enfin de connaître la vérité sur la mort de son mari.

« Je me réjouis de cette arrestation. Depuis longtemps nous attendons l’aboutissement de ce dossier. Ça fait bientôt 18 ans que nous tournons en rond. Nous attendons maintenant la suite. J’espère que ça ira jusqu’au bout pour qu’on connaisse enfin la vérité, que ce dossier soit jugé et que les coupables soient condamnés à la hauteur de leur forfait. Je veux connaitre la vérité dans ce dossier. Une fois que tu sais qui a tué ton mari, déjà tu es un peu apaisée que la justice se fait, mais quand on garde le silence, ça ne peut pas aller », confie-t-elle.

La mort de Norbert Zongo, célèbre pour ses positions critiques vis-à-vis du pouvoir, avait ouvert une crise politique et sociale sans précédent dans le pays et provoqué de vives protestations internationales.

■ Retour sur l’affaire Norbert Zongo

Le nom de François Compaoré est lié au dossier Norbert Zongo depuis 1998. La commission d’enquête mise en place au lendemain de l’assassinat de Norbert Zongo et ses compagnons avait conclu que Norbert Zongo avait été assassiné parce qu’il enquêtait sur la mort de David Ouédraogo, le chauffeur de François Compaoré. Ses compagnons ont été tués pour ne pas laisser de témoins gênants selon la commission.

Cette commission avait désigné six militaires de l’ex-garde de Blaise Compaoré comme étant des « suspects sérieux » dans l’assassinat du journaliste. Mais en 2006, la justice déclarait un non-lieu dans le dossier et promettait de l’ouvrir en cas de « faits nouveaux ».

A la faveur de l’insurrection et la chute de Blaise Compaoré, le dossier a été rouvert et plusieurs personnes ont été entendues. Trois militaires membres de l’ex-garde présidentielle ont été inculpés et mis sous mandat de dépôt.

Le 5 mai dernier, la justice burkinabè avait lancé un mandat d’arrêt international contre le frère cadet de l’ex-président Blaise Compaoré et c’est suite à ce mandat qu’il a été interpellé.

François Compaoré est poursuivi pour « incitation à assassinats ». Selon les avocats de la famille Zongo, c’est le frère cadet de l’ancien président qui a poussé les soldats à commettre les assassinats de Norbert Zongo et ses compagnons.

Avec RFI


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