Affaire Gregory : le juge Lambert explique son suicide dans une lettre-testament

Publié par Olga Ishimwe
Le 20 juillet 2017 à 09:41
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Avant de se donner la mort le 11 juillet dernier, le juge Jean-Michel-Lambert, très critiqué dans sa gestion de "l’affaire Grégory" lorsqu’il débutait dans les Vosges à 32 ans, a envoyé quatre lettres-testaments pour expliquer son geste. A son éditeur, à sa femme, à sa fille, ainsi qu’à un journaliste du quotidien "l’Est Républicain", qui a choisi de la publier. On y lit :

"J’ai décidé de me donner la mort car je sais que je n’aurai plus la force désormais de me battre dans la dernière épreuve qui m’attendrait."

Les deux semaines qui ont fait basculer l’enquête

Le premier juge chargé en 1984 d’instruire l’affaire Grégory écrit, dans cette lettre datée du jour de sa mort, sa colère sur le dernier rebondissement "infâme" de l’affaire et livre sa dernière conviction :

"Je proclame une dernière fois que Bernard LAROCHE est innocent. La construction intellectuelle que je viens d’évoquer est en réalité un château de cartes qui aurait dû s’effondrer dès le premier regard objectif sur le dossier. Car, dès novembre 1984, j’ai pu démontrer que si Murielle BOLLE n’était pas dans le car de ramassage scolaire, ce n’était pas le mardi 16 octobre mais le mardi 23 octobre, semaine où elle est rentrée chez elle à cause de la grippe.

Les preuves sont au dossier (registre du collège et surtout témoignage du chauffeur de car, Monsieur GALMICHE, que j’ai piégé après la remise d’un certificat médical, je crois par la mère de Murielle BOLLE, et les auditions d’autres collégiennes qui avaient parfois des repères précis mais qui se sont pourtant trompées d’une semaine)."

L’ancien juge qui a été retrouvé mort, il y a une semaine, dans son appartement du Mans, la tête recouverte d’un sac en plastique, ajoute encore :

"Les événements depuis juin dernier sont voués normalement à l’échec. Et pour cause… Pour ne pas perdre la face, on cherchera alors un bouc émissaire. Autant dire qu’il est tout trouvé… Je refuse de jouer ce rôle. Si j’ai parfois failli, j’ai cependant la conscience parfaitement tranquille quant aux décisions que j’ai été amené à prendre.

On ne connaîtra jamais la vérité parce qu’on refuse de voir la vérité. Et pourtant si on acceptait de regarder les annales judiciaires américaines ou transalpines… Je préfère sonner la fin de partie pour moi. L’âge étant là, je n’ai plus la force de me battre. J’ai accompli mon Destin."

Les fantômes de la Vologne

"L’Est Républicain" raconte que le juge Lambert a rédigé quatre lettres-testaments : pour sa femme, pour sa fille, pour son éditeur et pour le journaliste Christophe Gobin avec qui il avait noué une amitié.

A la retraite depuis 2014, travaillait à la rédaction d’un onzième roman, "Témoins à charge". Son éditeur, De Borée, a noté d’"étranges parallèles" entre ce roman et sa fin tragique : le personnage du Professeur Chabert, qui lui "ressemble trait pour trait", se donne la mort "pour sauver son honneur" et son corps est découvert "la tête recouverte d’un sac plastique, une bouteille de whisky vide au pied du fauteuil".

"Le petit juge"

Surnommé "le petit juge", Jean-Michel Lambert avait 32 ans lorsque, le 16 octobre 1984, le cadavre de Grégory Villemin, quatre ans, avait été retrouvé dans la Vologne.

Seul juge d’instruction à Épinal (Vosges), celui qui en était à son premier poste avait notamment révélé à la presse la teneur des accusations de Murielle Bolle, 15 ans, qui venait de dénoncer son beau-frère, Bernard Laroche, comme le ravisseur de Grégory.

Jean-Michel Lambert, à jamais "petit juge"

Après la mort de Bernard Laroche, tué par son cousin, le père de l’enfant, Jean-Marie Villemin, les soupçons du magistrat s’étaient tournés vers la mère de Grégory, Christine Villemin, qu’il avait inculpée d’assassinat et renvoyée devant les assises. Mais la Cour de cassation avait annulé la mise en accusation.

Entre-temps, l’instruction avait été reprise par un autre magistrat, le juge Maurice Simon, qui avait mis à mal toutes les thèses du "petit juge" et dont des extraits des "carnets secrets", récemment versés à la procédure selon des avocats du dossier, ont été diffusés mardi par BFMTV.

Avec L’Obs


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