1er-Mai : les syndicats africains fêtent aussi le Travail

Publié par IGIHE
Le 1er mai 2017 à 01:23
Visites :
56 2

A l’occasion du 1er-Mai, retour sur l’histoire du syndicalisme dans l’Afrique francophone. Un parcours qui au début du XXe siècle se confond avec l’histoire syndicale belge et française. Mais si ce lundi, la fête du Travail est célébrée un peu partout, chaque pays n’a pas les mêmes traditions syndicales et les mêmes préoccupations.

Si la première grève jamais enregistrée en Afrique subsaharienne se déroule à Dakar et date de 1919, il faudra attendre 1923 pour que le premier syndicat apparaisse : la Fédération des syndicats maritimes, affiliée à la CGT. La grande centrale française joue un rôle clé dans l’émergence des syndicats dans l’Afrique occidentale française (AOF). Tandis qu’au Congo belge, la CSC chrétienne et la FGTB socialiste sponsorisent des confédérations locales.

En 1937, un décret de Léon Blum favorise l’établissement de syndicats dans les colonies et l’on assiste à un véritable boum. A la veille de la Seconde Guerre mondiale, les colonies françaises comptaient 175 syndicats majoritairement affiliés à la CGT.

Après la guerre, les centrales africaines accompagnent la lutte contre la colonisation. C’est d’ailleurs la principale caractéristique des syndicats africains que d’être ainsi engagé à la fois dans les luttes sociales et politiques. Les premiers partis africains, comme le RDA, le Rassemblement démocratique africain, sortiront de cette matrice syndicale.

Les indépendances marqueront une certaine mise sous tutelle des syndicats nationaux, à mesure que les partis uniques se développent. A l’opposé, la vague de libéralisation des années 1990 a considérablement renforcé le pluralisme syndical. Au point qu’aujourd’hui le morcellement est l’une des principales faiblesses des centrales africaines.

Gambie, un vent de liberté pour les syndicats

Ce 1er-Mai est particulier en Gambie. C’est la première fête du Travail sous le nouveau régime. Jusque-là sans réel pouvoir de négociation, les syndicats espèrent bien marquer le début d’une nouvelle ère pour les droits des travailleurs dans le pays. L’heure était donc à l’enthousiasme chez les syndicalistes au moment des préparatifs.

Il faut marquer le coup pour ce jour du travail pas comme les autres, selon Amadou Bah, du syndicat des transports et de l’agriculture. « C’est bien sûr une fête du Travail différente. On s’attend à ce que la collaboration avec le nouveau gouvernement soit plus fructueuse », explique-t-il.

Il faut dire qu’avant, entre menaces et détentions arbitraires, la liberté d’expression était plus limitée. Essa Sowe s’occupe du syndicat des professeurs : « On devait faire beaucoup de compromis à l’époque, il fallait que nos déclarations soient flatteuses et on devait faire très attention à ce qu’on disait. Cela finissait par être des déclarations politiques, juste pour faire plaisir aux interlocuteurs et obtenir ce qu’on voulait », se souvient-il.

Aujourd’hui, Malick Secka, syndicaliste pour les dockers, espère bien se faire entendre. « Sous l’ancien régime, quand on se plaignait, ils n’écoutaient jamais ce qu’on avait à dire. A cause de la dictature, on nous répondait que les décisions venaient du haut. Peut-être que ce nouveau régime va écouter les plaintes des travailleurs », espère-t-il.

Amadou, du syndicat des transports, souhaite aussi ne plus se faire court-circuiter par des systèmes de corruption. « Les travailleurs utilisaient de l’argent pour gagner l’attention des agents et peser sur l’administration, affirme-t-il. Donc le syndicat n’avait pas beaucoup de poids. Cela va très certainement changer. »

Les syndicalistes procèderont à une marche ce lundi matin, puis remettront un document à la ministre du Commerce et de l’Industrie, pour appuyer leurs nouvelles revendications.

Des syndicats au centre de l’histoire burkinabè

Les syndicalistes burkinabè en sont fiers : à chaque tournant décisif de l’histoire, ils étaient là. En 1966, ils sont à l’origine du premier soulèvement populaire en Afrique qui a conduit à la chute d’un régime. Maurice Yaméogo avait démissionné. Ils se souviennent aussi de la grève générale historique de 1975 pour empêcher la mise en place d’un parti unique. En 2015, encore, ce sont eux qui ont contribué, en paralysant le pays, à mettre en échec la tentative de coup d’Etat.

Ils sont puissants et très bien organisés, explique Abdoul Karim Sango, analyste politique. « Le maillage est si important qu’il traverse tous les secteurs du monde public en particulier. Leur rôle me paraît d’autant plus intéressant que ce qui importe pour les syndicats burkinabè, ce n’est pas toujours des revendications corporatistes. Ils joignent à leur lutte le combat pour le renforcement de la démocratie et pour le respect des droits de l’homme, analyse-t-il. De ce point de vue, on est obligé de compter avec eux. »

Grande figure du syndicalisme burkinabè, Bassolma Bazié estime que les syndicats ont avant tout un rôle de contre-pouvoir. « Les organisations syndicales doivent savoir se tenir à égale distance de toutes les forces politiques, d’autant qu’elles n’ont pas pour rôle de conquérir et de gérer le pouvoir d’Etat. Leur rôle c’est de veiller à la mise en œuvre des décisions politiques et de dénoncer et aller au front et faire en sorte que ces décisions politiques n’aient pas d’impact négatif sur la vie des populations », estime-t-il.

Pour Bassolma Bazié, le 1er-Mai est bien plus qu’une simple fête, c’est surtout un moment de mobilisation et de combat. Ce lundi, à Ouagadougou, une marche sera suivie d’un meeting à la Bourse du travail.

Une contre-manifestation de colère au Gabon

Au Gabon, la fête du 1er-Mai est officiellement organisée sur le boulevard Triomphal Omar Bongo de la capitale, sous la supervision du président Ali Bongo. Au programme des décorations des travailleurs, un défilé, une exposition et un cocktail. Mais tous les syndicats ne se joindront pas à Ali Bongo. Plusieurs syndicats ont décidé d’organiser une contre-manifestation pour exiger la réhabilitation de la Convention nationale des syndicats de l’éducation nationale (Conasysed), interdite le 18 mars dernier.

Dimanche après-midi au siège de Dynamique unitaire et de l’ex-Conasysed à Awendje, dans le 4e arrondissement de Libreville, une douzaine de personnes travaillent avec beaucoup d’ardeur. Tous mettent la dernière main sur le manifeste qui sera lu ce lundi.

Ce 1er-Mai ne sera pas un jour de réjouissance, mais de colère contre la dissolution de la Conasysed, affirme Simon Ndong Edzo, délégué général de cette coalition syndicale dissoute. « C’est une journée de colère. Nous condamnons avec la dernière énergie la dissolution, sinon l’interdiction d’activité de la Conasysed par voie administrative. L’OIT [Organisation internationale du travail, ndlr] a condamné ça », souligne-t-il.

Les syndicats qui composaient la Conasysed marcheront du rond-point au stade de basket d’Awendje pour exiger la réhabilitation de leur coalition. « Nous demandons au gouvernement la réhabilitation pure et simple de la Conasysed et de ses activités parce qu’il n’est pas compétent pour suspendre une organisation syndicale par voie administrative », exhorte le syndicaliste.

Le gouvernement a interdit les activités de la Conasysed à cause d’une connivence présumée avec l’opposition radicale et l’organisation d’une grève sévère dans l’éducation nationale. Dix-sept enseignants grévistes sont d’ailleurs menacés de licenciement.

A Madagascar, le syndicalisme a du plomb dans l’aile
Le constat de Jean-Raymond Rakotoniasy, le secrétaire général de la nouvelle plateforme Solidarité syndicale de Madagascar est sans détour : « Le syndicalisme se porte mal aujourd’hui. »

D’année en année, les défilés se sont effilochés à Madagascar, les travailleurs se sont désengagés. A cela, plusieurs explications, comme la perte de crédibilité des centrales syndicales auprès des travailleurs, après que certains leaders ont détourné de l’argent ou pactisé avec des partis politiques.

Mais le problème vient aussi de la situation économique du pays, où le spectre du chômage et la précarité de l’emploi annihilent toute envie de revendication. Et ce, malgré les 80 ans d’existence du mouvement sur la Grande Ile. « Il y a eu beaucoup de leaders syndicaux et même des délégués syndicaux, notamment au sein d’Air Madagascar et de la Jirama, qui ont été licenciés, ce qui n’est pas conforme au Code du travail malgache. La peur d’être licencié, la peur de ne pas recevoir de salaire, c’est une des causes de la désyndicalisation à Madagascar », commente-t-il.

Par ailleurs, les mouvements syndicaux pâtissent d’un manque cruel de financement, la déduction automatique d’une cotisation sur les salaires n’existant pas. Ce qui entraîne tout un tas de difficultés pour les représentants syndicaux, à commencer par le niveau de qualité des services rendus ou la capacité de mobilisation des employés. « On a besoin de redynamiser le mouvement syndical à Madagascar. Parce qu’on ne peut plus aujourd’hui rester dans le mode classique de gouvernance, c’est-à-dire le pillage des richesses nationales, le détournement des deniers publics. Ce n’est plus acceptable par rapport à la pauvreté de la population à Madagascar », estime-t-il.

Avec Rfi.fr


Publicité

AJOUTER UN COMMENTAIRE

REGLES D'UTILISATIONS DU FORUM

Publicité